Pacte pour un Enseignement d’Excellence

Tronc commun, stop ou encore ? Ajustements ou remise en question ?

L’année 2025-2026 marque un tournant important dans le paysage éducatif belge francophone. Entre réajustements politiques et poursuite de la mise en œuvre concrète du Pacte, les enseignants et les familles naviguent dans un système en pleine mutation.

[Marie-Hélène André de la FFEDD]

Tronc commun : une ambition sous tension.

Ce parcours unique de la maternelle à la troisième secondaire (initialement) vise à garantir un socle de compétences pluridisciplinaires et polytechniques pour tous les élèves, quelle que soit leur origine sociale.

Où en sommes-nous ?

En ce début d’année 2026, le tronc commun est opérationnel de la 1ère maternelle jusqu’à la 6ème primaire et respecte les grandes ambitions de départ. En septembre 2026, il fera son entrée officielle en 1ère secondaire. Les anciens programmes sont remplacés par des « référentiels de compétences » qui mettent l’accent sur les savoirs de base tout en ouvrant l’école à de nouvelles disciplines.

Un grand changement : la troisième année orientante.

Au grand désespoir des fervents défenseurs d’une école plus équitable, le gouvernement actuel a décidé d’instaurer une troisième année secondaire de transition avec des options et des activités orientantes dès 14 ans. L’idée est de permettre aux élèves de tester leurs affinités avant le choix définitif d’une filière. L’idée paraît tentante, mais toutes les études prouvent que notre système scolaire est l’un des plus inégalitaires en Europe et que l’orientation précoce renforce cette injustice. Les premiers avis pour la construction du Pacte parlait même d’un tronc commun jusqu’à la 4ème secondaire.

Un CEB plus exigeant et bienveillant.

Contrairement aux rumeurs, le seuil de réussite légal restera fixé à 50 % dans chaque discipline. Cependant la philosophie change et le niveau attendu se situe à 60%. L’élève qui réussira de justesse verra ses lacunes consignées dans son dossier (DACCE – voir article Filoche 70) et bénéficiera d’un accompagnement prioritaire en secondaire.

Disparition de la 1ère année différenciée.

En septembre 2026, les élèves entreront en 1ère secondaire commune avec des dispositifs de soutien pour ceux qui n’ont pas décroché leur certificat d’études de base. En plus d’un renforcement des matières de base (le français et les mathématiques), deux nouvelles matières feront leur apparition. D’abord, l’éducation au numérique qui dépasse le simple usage d’un ordinateur mais donnera aussi les clés de compréhension de l’algorythmique, de la cybersécurité et de l’esprit critique face aux informations en ligne. Enfin, entrée de la FMTT, formation manuelle technique et technologique, un cours qui vise à décloisonner les intelligences. Tous les élèves vont manipuler, créer et découvrir des gestes techniques.

Evolution du PECA

Le PECA (parcours d’éducation culturelle et artistique) va se renforcer, avec un cours d’ECA, éducation culturelle et artistique (qui remplace ou fusionne les anciens cours d'éducation plastique et musicale). Il ne s'agit plus seulement de "faire du dessin", mais d'ouvrir l'élève à une culture artistique globale (théâtre, danse, numérique, patrimoine, etc.). L’ambition est également que tous les élèves vivent au moins deux expériences culturelles hors du commun par an (une au sein de l’école et une à l’extérieur).

Conséquences des nouvelles mesures pour les enfants dits « défavorisés »

La Belgique reste pointée du doigt pour son système scolaire à deux vitesses. Les réformes prévues en 2026 inquiètent les défenseurs d’un système scolaire plus équitable et les avis divergent sur l’efficacité de celles-ci.

L’accompagnement personnalisé est l’arme principale contre l’échec : la remédiation intègre la grille horaire de l’école et ne délègue plus cette mission aux familles (et donc à leur portefeuille). Reste que la mesure est coûteuse et difficile à organiser. D’autre part, le maintien des élèves dans un tronc commun plus long évite l’orientation « par défaut » vers les études techniques et professionnelles.

Marc Romainville, professeur à l’UNamur et l’une des figures centrales (souvent qualifié de « cheville ouvrière ») du Pacte pour un Enseignement d'excellence, porte un regard critique et nuancé sur l’évolution actuelle du tronc commun.

Sa position peut se résumer en trois axes principaux :

  1. Une inquiétude face au "détricotage" de la réforme.
    Pour lui, limiter le tronc commun ou réintroduire des options trop tôt (dès la 3ème secondaire) risque de briser la cohérence du projet initial. Il défend le tronc commun "long" (jusqu'à 15 ans) comme le levier principal pour réduire les inégalités sociales. Selon lui, reculer sur cette ambition risque de maintenir les mécanismes de ségrégation et de relégation que le Pacte visait à éliminer.
  2. La défense d’un tronc commun véritablement "Polytechnique" et de la remédiation
    Il reste un fervent défenseur des piliers du tronc commun qu'il a aidé à concevoir. Le mélange du manuel et de l'intellectuel : introduire des activités manuelles et techniques pour tous est essentiel pour valoriser toutes les formes d'intelligence. L'importance du temps : Il insiste sur le fait que la réussite de tous demande du temps. Il soutient l'idée que les heures de remédiation et d'accompagnement personnalisé (AP) doivent être au cœur de la grille horaire pour éviter que les élèves fragiles ne décrochent.
  3. Un accent mis sur "l'École du Doute" et le Numérique

Au-delà de la structure, Marc Romainville insiste sur le contenu des apprentissages. Il plaide pour que le tronc commun ne soit pas qu'un catalogue de savoirs, mais un lieu où l'on apprend à "penser juste". Il a publié des travaux sur « l'école du doute », estimant que face aux “fake news”, le tronc commun doit impérativement enseigner le discernement numérique.

Il soutient les avancées pédagogiques (nouveaux référentiels, éducation au numérique, culture), mais il est très critique envers les arbitrages politiques actuels qui, selon lui, affaiblissent la portée sociale de la réforme en ne menant pas le tronc commun jusqu'à son terme initialement prévu.

Budget de la Fédération Wallonie Bruxelles à la hauteur des ambitions du Pacte ?

Cela reste le nerf de la guerre ! Quelles seront les priorités du gouvernement actuel ? Garderont-ils le cap de l’équité sans tout sacrifier à l’efficacité et à l’efficience ?

L’avenir de nos jeunes est en jeu !


Ndlr : cet article est écrit avec l’aide de l’intelligence artificielle, il faut bien vivre avec son temps.