Enseignants toujours en colère : la tension monte dans les écoles

Comme le feu dans les Fagnes, la colère couve dans le monde de l’enseignement. De nombreuses réformes prévues se mettent difficilement en place et certaines décisions ne passent décidément pas. Les premières semaines de rentrée seront peut-être préservées, mais après ? Un préavis de grève est déjà déposé par les syndicats jusqu’au 27 septembre et des actions sont attendues ce jour-là. A Liège, diverses actions sont d’ores et déjà organisées, notamment une grosse manifestation intersyndicale le 10 septembre.
| Par Marie-Hélène André.
Le tronc commun poursuit difficilement sa route.
Cette année marque le passage du tronc commun en première secondaire. La grille horaire est identique pour tous, à l’exception des cours philosophiques. Les enfants n’ayant pas réussi leur CEB n’intégreront plus une première année différenciée : soit ils recommenceront leur sixième primaire, soit ils entreront en première secondaire classique avec un encadrement renforcé. S’ils réussissent cette première année, ils obtiendront automatiquement leur CEB. Pour l’instant, même si des moyens sont dégagés, l’organisation d’un accompagnement personnalisé des jeunes n’est pas encore claire et pose des problèmes concrets sur le terrain. Comment ces jeunes seront-ils aidés ? Pendant les cours, via un co-enseignement ? En heure supplémentaire en fin de journée ? Qui va les aider ? A l’heure ou la pénurie est de plus en plus forte, comment ces jeunes seront-ils encadrés ?
Et à l’avenir, tous les jeunes poursuivront un parcours identique de la 1ère maternelle à la 3ème secondaire. Si tout va bien ! Car l’essence même du tronc commun est mis à mal. L’objectif de départ du « Pacte pour un enseignement d’excellence » était de réduire les inégalités et de permettre au plus grand nombre d’effectuer des choix de formation positifs à la fin du parcours. Toutes les études le prouvent, l’orientation précoce creuse les inégalités. Mais personne ne sait à ce jour comment sera organisée la deuxième secondaire et des activités orientantes se profilent déjà pour la troisième année. Dès les premiers travaux du Pacte, le MR souhaitait la fin du tronc commun en deuxième secondaire.
Une évaluation de plus : le test CLE en début de quatrième primaire.
Ainsi, les enfants commenceront dès septembre par une nouvelle évaluation non-certificative qui analysera l’acquis des compétences de base, le test CLE pour « calculer, lire et écrire ». L’objectif est double : repérer les difficultés plus tôt ET permettre aux équipes de remettre en question leurs pratiques. Il paraît que cela ne devrait pas servir à classer les écoles ou les enseignants…De nouveau, un suivi plus particulier des enfants devrait se mettre en place, mais avec quels moyens humains et financiers ?
Un seuil de réussite à 60 %
Nous y sommes, le décret est voté, il faudra désormais une moyenne de 60% pour réussir les épreuves externes certificatives. Pour le CEB, c’est la moyenne qui compte. Pour le CE1D, il faudra atteindre 60% dans chacune des épreuves. Le conseil de classe reste souverain pour délivrer le certificat sur base du travail de l’année ou en fonction de circonstances particulières.
Relever le seuil de réussite ne suffit malheureusement pas à relever le niveau. Comme le dit la Fapeo (Fédération de parents de l’enseignement officiel) « partout, les exigences augmentent, sans que les conditions d’apprentissage ni l’accompagnement des élèves ne soient véritablement renforcés. Avec une école toujours plus focalisée sur l’évaluation et la performance chiffrée, cette réforme va accentuer les inégalités et faire peser une pression supplémentaire sur les élèves, leurs parents et les enseignants. »
Gratuité rabotée.
A ce jour, la gratuité est toujours inscrite dans la constitution belge. C’est année, elle devait être étendue jusqu’à la 5ème primaire. Mais là aussi, les budgets sont fortement rabotés. Or, comme le dit la Ligue des Familles, « cela fait partie du contrat social qui unit chaque famille à l’Etat : nous payons tous des impôts, c’est pour que ceux-ci soient affectés efficacement ; le financement intégral de l’Education, donc des conditions dans lesquelles nos enfants apprennent et de l’investissement dans le futur de la société doit être un priorité de l’utilisation de nos contributions fiscales. Sans qu’il y ait besoin que les parents déboursent encore quand leur enfant fréquente l’école. »
La réforme touche également lourdement la gratuité des repas. L’appel à projets précédent n’est plus reconduit à partir de 2026-2027 et une partie des moyens de cet appel à projets sont intégrés dans le financement des écoles à encadrement différencié. Beaucoup d’écoles se retrouvent dans l’impossibilité de poursuivre l’offre de repas complets pour leurs élèves.
Juste deux heures en plus ?
Nous en sommes déjà témoins : des professeurs bien installés dans une école perdent des heures, certains se retrouvent sans emploi, d’autres doivent se déplacer dans plusieurs établissements (sans remboursement des frais) . Pour maintenir leur horaire, certains sont amenés à effectuer des tâches pour lesquelles ils ne sont pas formés, comme enseigner dans le degré inférieur ou effectuer de l’accompagnement personnalisé par exemple. Tous les acteurs de l’école l’avaient prédit : augmenter la charge horaire sans compensation, c’est non seulement injuste mais surtout c’est nier les réalités de terrain et les terribles conséquences humaines et organisationnelles dans les écoles.
Enseignant, le plus beau métier du monde ?
Malheureusement, les réformes malmenées (ou mal menées), les tensions, les incertitudes, la précarité de l’emploi, tout cela ne va pas renforcer l’attractivité du métier. Depuis 3 ans, les inscriptions en Hautes Ecoles chutent inexorablement. Les jeunes de 18 ans qui sortent de rhéto ne rêvent plus d’exercer ce merveilleux métier.
Force est de constater que dans le monde de l’école comme ailleurs, l’avenir est plutôt inquiétant. Essayons quand même de garder notre belle énergie, envers et contre tout, mais surtout pour le bien des enfants !
